Il était né mécanicien d’avion (aucune date d’état civil retrouvée) dès son plus jeune âge,il s’était attaché à ces machines volantes.

Pendant la guerre, affecté comme mécanicien auprès des escadrilles du front, il avait entretenu, réparé, soigné les avions. C’est ainsi qu’il fit la connaissance du capitaine Didier Daurat. Aprés guerre, il rejoint les Lignes Aériennes Latécoère et se fait embaucher comme mécanicien, il retrouve Didier Daurat.

Mais Toto a aussi une passion prononcée pour ce velours de l’estomac: le vin et la boisson anisée !

Les appareils de la Ligne décollant à l’aube de Toulouse Montaudran, il avait pris l’habitude d’attendre l’heure du départ dans les bars de nuit !

Kessel dit que : »son intelligence et son instinct du moteur étaient si pénétrants,ses doigts si sensibles,que son travail ne s’en ressentait pas. »

Mais un matin,Toto arriva en retard et Daurat lui en fit la remarque et Toto fut renvoyé !
Toto, sans famille, ne pouvait pas vivre en dehors des hangars du terrain, sans les odeurs d’huile, d’essence; il se fit alors engager comme manœuvre, tour à tour livreur d’essence, balayeur, porteur, mais quand il voyait ses camarades mécaniciens s’affairaient sur les moteurs, la tristesse l’envahissait. Un jour, Daurat passant par là, le vit pleurer. Malgré la dureté du chef d’exploitation,il lui propose de partir dans ces territoires perdus de la ligne où l’on avait grandement besoin de mécaniciens expérimentés et sûrs. Toto était de ceux là. Il partit ainsi en décembre 1927 à Cap Juby,sous les ordres des chef d’aéroplace, Dubourdieu, Jaladieu, Riguelle, Saint-Exupéry, Vidal.

Ainsi, pendant trois ans, il vécut heureux, mécanicien et cuisinier de l’aéroplace. Sa gaité, son accent, ses extravagances firent la joie de ses amis pilotes et du terrain de Juby. Il devint une figure légendaire de la ligne Toulouse Dakar. Toto avait acheté à un Maure, un singe « Kiki » qui avait l’obligeance de partager sa passion de l’alcool car c’était plus facile à trouver que de l’eau dans ce désert !

Il se raconte qu’en 1929, un soir de saoulerie, son compagnon Kiki l’a mordu et qu’il succomba à une infection rapide!

MECANICIEN A CAP-JUBY [?-1929]

Voici comment Joseph Kessel parle de « Toto » dans son roman « Vent de Sable »:

Toto était un petit homme d’une quarantaine d’années, gras et placide. Il me tendit une main dont la peau était toute maculée d’huile, d’essence, de cambouis et m’examina avec une assurance, une dignité robuste et une profonde liberté. Je retrouvai cette expression chez Marchal. L’attitude, les gestes, l’aisance de la parole, tout montrait que le désert avait dépouillé les deux mécanos de l’ambition, de la servilité, de la gêne. Il leur avait fait comprendre, ou mieux, sentir que tout homme ,pourvu qu’il soit courageux au travail comme au danger, en vaut n’importe quel autre et que seule la vie faussée des villes permet aux pleutres et aux inutiles d’en imposer à de meilleurs qu’eux .

© Collection Musée Air-France
Cap Juby Toto, chef mécanicien, déguisé en chef de gare, donne le départ du courrier
© Collection Musée Air-France