Henri Guillaumet, est né à Bouy près de Châlons-en-hampagne le 29 mai 1902. Il n’avait que deux ans lorsque sa mère Marie décède en mettant au monde un quatrième enfant qui ne survivra pas. Il sera élevé par leur grand-mère et leur père jusqu’en 1918 puis par son frère ainé qui tiendra le rôle de chef de famille.

Dès son plus jeune âge, il aime fréquenter avec ses frères, sur le terrain d’aviation de Châlons et apprécie l’ambiance si particulière qui entoure les pilotes. Le 31 octobre 1908, il assiste à 6 ans à un vol d’Henri Farman qui relie Mourmelon à Reims.

A partir de ce jour, il n’a plus de doute, il sera pilote. Il effectue son baptême de l’air à l’âge de quatorze. A la fin de la guerre, il obtient une bourse afin d’incorporer l’école de pilotage d’Orly créée sous l’égide de l’Aéronautique militaire par Charles Nungesser. Il vole seul le 1 er août 1921 et il est engagé sans l’aviation comme pilote militaire n°19209 le 15 octobre 1921 aux commandes d’un avion Nieuport 11. En février 1922, il devance l’appel sous les drapeaux en contractant un engagement de trois ans au centre ’instruction militaire d’Istres avant d’être affecté au 38 ème régiment de chasse de Thionville sous les ordres du lieutenant Challe.

En 1923, il remporte le concours de tir à Cazaux puis après avoir renouvelé son engagement militaire d’une année, il gagne le 15 juin 1925, alors sergent pilote, la célèbre coupe Military Zenith réservée aux pilotes militaires devant le lieutenant Challe qui lui avait prêté son avion.Peu de temps après, en août 1925, il rencontre par hasard Jean Mermoz démobilisé depuis plus d’un an. Ce dernier l’invite à rejoindre l’entreprise des Lignes Aériennes Latécoère où il entre le 1 er février 1926. Pilote de transport public n°0921 depuis le 3 février 1926, il est affecté dans un premier temps à la ligne du courrier Toulouse-Barcelone-Alicante puis sur la ligne Casablanca-Dakar. Le 14 octobre 1926, il fait la connaissance d’Antoine de Saint-Exupéry, nouvellement embauché dans la Compagnie qu’il initie ensuite, lors de son premier courrier, devenant par la même occasion son indéfectible ami.

En mars 1927, il participe avec Marcel Reine, Jean Mermoz et Léon Antoine, aux recherches qui permettront de libérer des aviateurs uruguayens prisonniers des Maures, ce qui leur vaudra décorations et honneurs du monde entier.

Le 9 juin 1929, après l’Espagne, le Maroc et le Sénégal, ce pionnier de la « ligne des sables » rejoint l’Amérique du Sud à bord du navire « Le Vivaldia » en compagnie de Marcel Reine. Il arrive à Rio de Janeiro au début du mois de juillet 1929. Le 15 juillet 1929, il débute le réseau de l’Amérique du Sud et inaugure officiellement avec Jean Mermoz le service postal Europe-Argentine-Chili Aller et Retour. A partir du 3 septembre, Guillaumet prend seul en charge ce service postal.

Le 12 mai 1930, alors que Mermoz vient d’effectuer la traversée de l’Atlantique Sud en hydravion, il réalise la dernière étape entre Mendoza et Santiago du Chili. C’est à la 92 ème traversée que l’accident arrive. Cette ligne, aux défis formidables, hauteur des montagnes, vents turbulents, neige, froid est cruelle redoutable et dangereuse. Mais les règles de la compagnie sont rigoureuses « il faut que le courrier passe ».

Ce vendredi 13 juin 1930, poussées par un fort vent d’ouest, des masses d’air humides venues du pacifique déferlent sur la Cordillère des Andes lorsque le Potez 25 décolle à 8 heures du terrain de Colina à Santiago du Chili sous le regard de Pierre Deley, Chef d’aéroplace. Aux commandes, Henri Guillaumet se sent d’humeur combative. La veille le « Santiajeu » (Santiago du Jeudi) a perdu une journée. Les américains de la concurrence, la
Pan Am, ne volent pas ce matin-là et c’est une bonne occasion de se démarquer. Les 450 chevaux du moteur Lorraine tirent le Potez F-AJDZ à travers les nuages jusqu’à 6000 m. A l’horizon nord, les nuages bourgeonnent au-delà des 8000m engloutissant le massif de l’Aconcagua. La veille, Guillaumet a dû rebrousser chemin sur cette voie-là, l’itinéraire habituel qui suit le tracé du chemin de fer transandin, en frôlant le plus haut sommet de la Cordillère. Il décide alors de passer plus au sud au relief moins agressif, « la Laguna del Diamante ». Cet itinéraire a été reconnu mais peu utilisé car cette région est inhabitée et en cas de panne, il n’y a aucun secours possible. Ce vendredi, à Mendoza, Jean René Lefebvre, chef d’aéroplace, envoie la météo locale à Buenos Aires et à Santiago : « ciel couvert avec trous ». En plein hiver austral, la traversée s’annonce donc chahutée. Il cherche dans la couche nuageuse une trouée afin de déterminer sa position. Soudain, le Potez est happé par un puissant courant descendant. Il plonge dans les nuages de neige, confronté à des turbulences violentes. Les instruments sont figés par le givre, le moteur a des hoquets, l’avion ne répond plus. Il le sent plonger. Soudain, sous la couche nuageuse, une masse sombre apparaît : la Laguna del Diamante. En moins de trois minutes, il est tombé à 3400 m piégé dans cette cuvette, sans visibilité. La fuite est impossible, il tourne en espérant une éclaircie. Au bout d’une heure trente, le niveau d’essence est très bas. Guillaumet décide alors de se poser au nord du Lac sur la pente douce d’une plaine. Il va alors capoter. Il est 11h 35. Au bout de cinq jours et quatre nuits, ne s’accordant que quelques instants de sommeil, une femme et un adolescent argentin le recueillent près d’un ruisseau. Il est alors évacué à dos de cheval puis en automobile au village de San Carlos où l’attendent Antoine de St-Exupéry accompagné de Jean René Lefebvre et de d’Abry. Guillaumet lui raconte son aventure et prononcera cette phrase « ce que j’ai fait, je te jure, aucune bête ne l’aurait fait ». Près de 10 ans plus tard, l’écrivain lui dédiera son livre à succès «Terre des Hommes».

Au mois d’août 1930, et après son incroyable aventure, Mermoz le rappelle en France en vue de le former pour les futurs vols transatlantiques. Il obtient son brevet de pilote d’hydravion le 06 décembre de la même année, alors que l’Aéropostale commence à rencontrer de nombreux problèmes financiers dus au crash boursier de 1929 et la révolution brésilienne. Henri Guillaumet demande alors à repartir en Amérique du Sud où il s’installe avec sa femme au pied de la Cordillère dont il effectuera 393 traversées ce qui lui vaudra le surnom d’«Ange de la Cordillère».

Rappelé en France au sein de la nouvelle compagnie nationale Air-France, Henri Guillaumet participe avec Mermoz à sa première traversée de l’Atlantique Sud, le 25 septembre 1934 à bord de l’avion Couzinet « L’Arc-en-Ciel » dans le sens Amérique du Sud-France. Dès lors, il effectuera au total 92 traversées de l’océan avec différents types d’avions et d’hydravions la dernière ayant eu lieu le 11 novembre 1939.

Envoyé sur le secteur de l’Atlantique Nord, après une tentative avortée en octobre 1937, il décolle le 23 août 1938 de Biscarrosse et après des escales à Lisbonne et aux Açores, il amerrit le 31 août sur le lac Michigan à Port-Washington après un vol cumulé de 38 heures. Il reprendra ses vols d’exploration à partir du printemps 1939 en effectuant 12 fois la traversée alternant entre les commandes du « lieutenant de vaisseau Paris (8 traversées) son sister-ship le Latécoère 522-F. Pour sa huitième traversée, il effectue sans escale la liaison directe New York-Biscarrosse en 28 h et 27 minutes de vol, parcourant 5875 km à la moyenne de 206 km/h dont 2300 km avec un moteur stoppé. Cet exploit lui permet de décrocher le Ruban bleu du record de la traversée par hydravion.

Le 28 août 1939, il effectuera sa dernière traversée de l’Atlantique Nord, les autorités ayant décidé de stopper toutes les traversées transatlantiques en prévision de la guerre imminente. Le 27 novembre 1940, le Farman 222 F AROA, piloté par Henri Guillaumet, décolle de Marseille Marignane à destination de Bizerte et Beyrouth, avec pour passagers le nouveau Haut Commissaire du Levant, Jean Chiappe et le Capitaine Nicolas. Sur sa trajectoire, une bataille aéro-navale est en cours. A 11h TU, à la station de goniométrie de Tunis, l’opérateur radio prend sa veille. A 11h 15 il entend à la radio : « sommes mitraillés, feu.. SO… »(début de SOS) puis plus rien. Un avion italien informe à Cagliari avoir abattu un gros appareil inconnu. Henri Guillaumet vient de disparaître…Il est tombé en pleine gloire et totalisait 9700 heures de vol et 1.600.000 kilomètres parcourus sur les lignes aériennes commerciales. Il était titulaire de quatre records mondiaux sur hydravion. Henri Guillaumet, c’est l’image du plus pur dévouement. Son nom évoque toute l’épopée de l’aviation et restera un vivant témoignage de force et de courage. Il a été promu Officier de la Légion d’honneur et cité à l’ordre de la nation le 11 décembre 1940. Ce pilote émérite gagnera la fidélité d’amis illustres au premier rang desquels Antoine de Saint-Exupéry et Jean Mermoz, son camarade d’escadrille en Syrie.

PILOTE DES LIGNES LATECOERE DE L'AEROPOSTALE ET D'AIR-FRANCE [1902-1939]

© Collection musée Air-France
Studio Harcourt © Fond Latécoère
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