La carrière d’Henry Delaunay, né à Paris le 13 décembre 1904, est l’une des plus brillantes que l’histoire de l’Air puisse présenter à ceux qui s’attachent à en connaître les heures de gloire. Elle est faite de talent, d’abnégation, de courage. De talent, car il pilota dans les circonstances les plus dramatiques; de courage, car il alla toujours au-devant du danger sans le méconnaître; d’abnégation, car il sut se sacrifier pour sauver les autres.
Il passa son brevet militaire au 2e régiment de chasse de Strasbourg et remplit son carnet de vol au 37e régiment au Maroc dans la guerre du Rif (1921-1926) où il était dévolu aux renseignements et approvisionnement des détachements avancés. Il en rapporta la croix de guerre des T.O.E. avec deux citations à l’ordre de l’armée et à l’ordre du régiment.
Entré à l’Aéropostale le 1er janvier 1927, il se distingua sur la ligne Toulouse-Casablanca-Dakar puis, en 1928, en Amérique du Sud, où il fut le héros d’une tragédie qui lui valut la médaille de première classe du Brésil : Le 7 mai 1928, alors qu’il vole sur la ligne de Rio de Janeiro-Buenos Aires avec trois passagers à bord, le feu se déclare à bord de son Laté 26. Dans son récit « posthume »: « Araignée du Soir », prix Guynemer 1968, HD raconte: « Tout est fichu ! …Le moteur s’empêtre dans ses bielles ! C’est devant moi, tout à coup, comme l’arrivée d’un tombereau de pavés dans un concasseur (…) ». L’incendie est provoqué secondairement par l’essence, mais d’abord par la panne d’huile qui entraîne l’explosion du moteur. « Suspendu à mes mains dont l’intérieur est encore bon, je maintiens ainsi l’avion dans une spirale « vaseuse » de plus en plus semblable à une chute, mais qui rejette toujours les flammes vers la droite (…) ». Il pose l’avion, sauve trois passagers mais ses mains et une jambe sont brûlées … À l’hôpital de Florianopolis, on parle d’amputer; mais un chirurgien allemand le sauve en portant des greffons de peau de la cuisse aux mains. Après dix mois d’hôpital, il reprenait son poste de pilotage avec autant de courage qu’auparavant.
En 1931, il entre à Air Orient sous les ordres de Maurice Noguès et en 1934, il obtient le prix du pilote de ligne de l’Aéro-Club de France sur la ligne Damas-Saïgon. Affecté à Dakar en 1935, c’est avec Mermoz et Guillaumet qu’il se relaie pour assurer les traversées de l’Atlantique sud, ce qui représentait, à l’époque, un exploit sans cesse renouvelé. Il sera choisi pour emmener Madame Mermoz (la mère) au lendemain de la tragique disparition de « Jean l’Archange » dans l’Atlantique (le 7 Décembre 1936) pour jeter la gerbe de fleurs sur le lieu présumé du naufrage de la Croix du Sud. Il succédera à son grand aîné sur la traversée où il atteint, avant l’armistice, le record de 110 passages.
Il s’engagea en 1943 dans le groupe Tunisie qui recrutait pour continuer le combat dans la RAF (Royal Air Force). Arrivé en Angleterre avec 11000 heures de vol et désireux de participer au combat des « lourds », il dut tricher sur son carnet de vol pour ne pas être affecté aux « rampants » ni aux convoyeurs; disant: « Je ne veux pas, un jour, avoir à rougir de ne pas avoir participé à la victoire en combattant ! » Et il achève son engagement sur 34 vols victorieux, décoré de la rare Distinguished Flying Cross britannique.
Revenu en France avec les vainqueurs, Henri retrouve ses enfants, sa famille mais sans tarder, reprend sa place de commandant de bord d’Air France vers l’Indochine. C’est là qu’il connaîtra un autre héros de la bataille de France, son cadet et second à bord, André Duchange. Delaunay préférera ensuite piloter les DC3 sur le réseau de Madagascar où il était chef d’aéroport. Lors de sa retraite (1958), il comptait 23.864 heures de vol; soit un millier de journées au manche à balai !
Henri Delaunay meurt mardi 2 novembre 1965 à Antibes où il s’était retiré.



PILOTE A L'AEROPOSTALE ET AIR-FRANCE [1904-1965]
La vidéo ci-dessous, extraite de l’émission Les Coulisses de l’Exploit, présente Henri Delaunay à travers le témoignage de ses collègues et amis de l’époque:


