Eloi Ville est né à Saint-Martin de Celles (Isère) le 12 mai 1896. Il est passionné d’aviation dès son enfance. Pendant la grande guerre, il est incorporé dans le Génie. Il y apprend le métier de mécanicien. En 1918, il rejoint l’aviation et obtient le 10 septembre 1918 son brevet de pilote militaire.
Il entre aux Lignes Latécoère en juin 1924 et obtient le 12 décembre, son brevet de pilote de transport public. Il est affecté à la ligne Toulouse-Casablanca puis Marseille-Barcelone, Casablanca-Dakar. En juin 1925, Didier Daurat le choisit pour accomplir la 1ère liaison Casablanca-Dakar.
Conscient de l’importance des actions à mener suite à l’accident survenu lors Casablanca-Dakar le 22 juillet 1925, il lui adresse un rapport détaillé décrit ci-après :
« Le 22 juillet, j’assure le courrier avec Jean Rozès ; nous arrivons normalement à Agadir et repartons après avoir changé d’appareils. Après 1h20 de vol, alors que nous survolions une nappe de brume à environ 1500 m d’altitude, je remarque que l’avion de Jean Rozès, volant à quelque distance en avant, descendait progressivement et allait se poser sur une plage non loin de l’oued Noun. Je descends aussitôt, me pose un peu en avant et fais demi-tour, mais la roue s’enfonce dans le sable et je dois descendre pour la dégager. Henri Rozès arrive et à nous deux, nous déportons le fuselage, mettant l’appareil face à la mer pour le ramener sur la bande consistante où nous roulons jusqu’à l’avion en panne déjà entouré par les Maures. Ceux-ci, à notre approche, s’éloignèrent de quelques mètres et nous mirent en joue, deux je crois avaient des fusils français. Les Maures nous firent signe de descendre, nous n’avions qu’à nous exécuter. Ils étaient à peu près une vingtaine. Je ne me suis fait dès lors aucune illusion sur ce qui allait se passer mais il était trop tard et il fallait tenter de sauver le courrier.
Nous descendons les bras levés et sommes aussitôt saisis de toutes parts et fortement malmenés. C’est vainement que Jean Rozès tente de parler et de raisonner avec cette meute hurlante. Rozès fait dévier un coup de feu qui m’était destiné. Je suis empoigné de toutes parts, on me pousse, on me bouscule. On me frappe à coups de poings, mes lunettes sont brisées sur mon front sans que j’aie opposé aucune résistance. Henri Rozès réussit à se dégager à coups de poing d’une dizaine d’assaillants. Aussitôt dégagé, il essuie un coup de fusil à moins de 8m mais n’est pas touché. A ce moment, jugeant qu’il n’y avait plus rien à espérer et profitant du fait que le fusil était déchargé, je tente de me dégager en donnant un violent coup de poing dans la poitrine du Maure qui me tenait d’une main à droite et de l’autre avait un poignard. Je libère une partie du bras droit, saisis dans la poche de mon veston mon pistolet que les Maures n’avaient pas trouvé en me palpant et j’abats un de mes agresseurs qui, me voyant me débattre, m’avait saisi à la gorge. D’un autre coup de feu, j’abats un autre Maure qui se précipitait sur moi. L’étreinte se desserre, le cercle s’élargit, mais je reçois par derrière un coup de pierre à la nuque qui me fait chanceler. Aussitôt je réagis et tire à plusieurs reprises sur celui qui avait un fusil, mais ne réussis qu’à l’éloigner. Rozès court à l’avion et arrive juste à temps pour abattre un Maure qui, posté derrière le fuselage, allait nous fusiller dans le dos à moins de 10m. Il saute aussitôt à la place du pilote où je le rejoins rapidement, profitant d’un instant d’hésitation de nos assaillants.
Au moment où l’avion commence à rouler, une balle traverse l’aile supérieure passant à quelques centimètres de la tête de Rozès. Les Maures arrivaient de toutes parts dans les dunes et en grand nombre ; ils nous ont tiré de nombreux coups de feu au passage. Nous avons donc été contraints d’abandonner le courrier.
Les sacs pillés par les maures sont récupérés partiellement quelques mois après l’accident. C’est alors que les pilotes refuseront de continuer le service à la stupéfaction de Daurat. Finalement, tout se calme et rentre dans l’ordre. Eloi Ville et Jean Rozès, dont les têtes sont mises à prix, sont envoyés à Dakar. Mais le problème persiste et d’autres pilotes seront prisonniers des Maures.
En 1928, Eloi Ville est affecté en Amérique du Sud (secteur Natal-Rio de Janeiro). Il assurera de nombreux vols pendant quatre années. Il est nommé ensuite chef de l’aéroplace de Porto Alegre en 1931.
Il décède à la suite d’une maladie le 10 juin 1932. Il totalisait 4.420 heures de vol dont 400 heures de nuit.
Mermoz dit de lui :
« J’avais sur Casa-Dakar un bon camarade, un pilote d’un cran et d’une sûreté comme on n’en voit peu. Il s’appelait Eloi Ville. Avec Rozès, il a eu la première panne chez les Maures et il en a descendu quelques-uns. Puis nous avons été coéquipiers. Combien de fois nous nous sommes sauvés mutuellement sous les balles des pillards. Puis il est allé en Amérique du Sud et il a travaillé comme un lion. Il y a trois jours, il m’a fait appeler ; il était dans une clinique, mourant. Il a crié de toutes les forces qu’il avait encore : « Jean, je t’ai demandé de venir pour te dire ; c’est toi qui a raison. Nous ne devons pas mourir dans un lit. » »
Ses disctinctions:
- Chevalier de la Légion d’Honneur le 26 juillet 1930.





