Le 19 mai 1933, contraintes par le ministre de l’Air Pierre Cot, les quatre principales compagnies aériennes françaises dépendant économiquement des subventions allouées par le ministre, décident de fusionner en une compagnie unique. Cette fusion va passer par une période intermédiaire. Une Société Centrale pour l’Exploitation des Lignes Aériennes (SCELA) est créée spécifiquement. Elle regroupe les ressources matérielles et humaines d’Air Orient, Air Union, société Générale de Transport Aérien et Compagnie Internationale de Navigation Aérienne. La société centrale doit formaliser la fusion de ces quatre compagnies dans un délai restreint de quatre mois. Le 23 juin, par une décision du conseil d’administration de la SCELA, la raison sociale de la compagnie est modifiée et devient Société Centrale pour l’Exploitation des Lignes Aériennes Air France. Le 30 août 1933, L’assemblée des actionnaires de la SCELA se réunit pour constater la fusion avec effet rétroactif au 1er juin 1933 des quatre compagnies Air Orient, Air Union, SGTA et CIDNA. Air France est née.
L’attribution du réseau de l’Aéropostale à la SCELA puis à Air France signifie, aux yeux du Ministre de l’Air, l’intégration forcée de cette compagnie au sein de la compagnie unique.
De longues semaines de négociations seront nécessaires. Les dirigeants de la SCELA ont contacté dès le 31 mai l’administrateur judiciaire de l’Aéropostale. Si l’évaluation du matériel et des installations est approuvée par la SCELA, les négociations achoppent sur les installations radio et les contrats postaux détenus par différentes sociétés.
La Société Générale d’Aviation, société mère de l’Aéropostale a créé, conformément aux législations nationales, des sociétés ayant la nationalité du pays : Aeroposta Argentina, Aeroposta Uruguaya, Aeropostal Brasileira et Cia Auxiliar Radio emissora do Brasil (CAREB).
La SCELA hérite aussi des parts de l ’Aéropostale dans la Compagnie Portugaise d’Aviation (CPA) créée avec Gnome et Rhône sous les auspices du Ministère de l’Air français. La CPA a obtenu le 16 septembre 1930 du gouvernement portugais le monopole d’escale aux Açores pour 30 ans. Seul, parmi les grandes nations à ne pas posséder de réseau aérien, le Portugal a accepté en 1929 l’offre de Marcel Bouilloux-Lafont de créer un réseau de lignes aériennes non subventionnées entre le Portugal et ses colonies. Il dispose en échange de l’exclusivité des droits d’atterrissage aux Açores, escale obligatoire pour les futurs vols entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Air France préfère renoncer à cette exclusivité. Les progrès technologiques laissent augurer, dans un délai très court, le développement d’hydravions à l’autonomie suffisante pour traverser l’Atlantique Sud sans escale alors même que les investissements nécessaires à l’aménagement d’une base transatlantique aux Açores ne seront pas amortis. La CPA est dissoute en septembre 1933.
Texte extrait du livre du Musée Air France : 1928 – 1940 L’Aéropostale et Air France à la conquête de l’Atlantique Sud
