Abdallah Ben Mohamed est présumé être né en 1900. Il est originaire des Aït Baamarane (zone occupée par les espagnols et connu sous le nom de Sidni Ifni). Il fut l’un des interprètes navigant marocain emblématique de la Compagnie Générale Aérospostale. Il accompagnait les pilotes sur la ligne Casablanca-Dakar à bord des Bréguet XIV. Il était embarqué à Agadir et débarqué à Cap Juby.

Il a servi les Lignes Latécoère et Aéropostale pendant une douzaine d’années avec 6.000 heures de vol à son actif. Homme intelligent parlant le berbère, l’arabe, le français, l’espagnol et le dialecte hassani connu dans l’ensemble du Sahara. En 1913, il avait été infirmier avec le Dr Jean Sallard (médecin agréé de l’Aéropostale à Agadir) et l’infirmier Pradel à la Kasbah, dans le premier dispensaire créé après la prise d’Agadir en 1913. Il était aussi musicien, jouait du loutar (lotar), instrument à cordes pincées berbère.

Abdallah connaissait les dangers de la Ligne. Au cours de ces douze années, il « tomba » trois fois du ciel ! Il s’en sortit à chaque fois avec des blessures mais il avait vu certains de ses frères mourir ; il fut capturé par des méharistes armés, il utilisait alors le dialecte hassani afin d’obtenir la libération de ses compagnons. Au cours de nombreuses pannes et atterrissages forcés en plein désert et parfois durant plusieurs jours, en attendant le dépannage, il jouait de son instrument de musique et chantait pour que ses coéquipiers gardent le moral. Lors de ses longues prières sur le sable brûlant, les pilotes lui disaient : « Abdallah, pourquoi tu fais tant de prières ? J’en fais aussi pour vous ». Alors les pilotes respectaient le temps de sa méditation.

Lors d’un atterrissage forcé en compagnie de Jean Mermoz dans les sables de Cap Juby, il sauva la vie de tout l’équipage d’une mort certaine en parlementant avec les Maures. Le 26 février 1934, lors du courrier Casablanca Dakar, le Laté 28 n° 925 F-AJPA (pilote Marcel Goret, radio Frédéric Marret, mécanicien Jean Reig, le chef de l’aéroplace Henri Bourgat, l’interprète Abdallah) tente un atterrissage de fortune de nuit suite à une panne moteur, au Cap Bojador en Mauritanie. L’avion capote et il est détruit. Le mécanicien Jean Reig est tué, le reste de l’équipage est grièvement blessé. Le pilote Jean Chansel accompagné du radio Antoine Mattei décollent de Cap Juby et retrouvent l’appareil brisé. Ils ramènent les blessés au fort de Cap Juby. Le corps de Jean Reig ainsi que le courrier sont laissés sur place. Ils seront ramenés le lendemain par le pilote Fernand Parizot, mais entre-temps, le courrier avait été pillé et le corps de Jean Reig dépouillé de ses vêtements par les Maures.

Diminué par ses blessures, Abdallah Ben Mohamed quitte le service actif avec une très maigre pension d’accident du travail. Il s’est retiré dans son douar de Ben Sergao, tout près de l’aéroplace d’Agadir. Les registres historiques de la Ligne mentionnent des démarches administratives complexes menées pour lui en 1955 et 1959 par des notables d’Agadir, notamment par Fernand Barutel (président de la Chambre mixte française d’Agriculture de Commerce et d’Industrie d’Agadir) en 1955 et par Monsieur Loge dans des démarches fastidieuses en 1959.

Bien que la date exacte de son décès ne soit pas précisément documentée dans les archives publiques de l’Aéropostale, il a fini ses jours après 1959 dans sa région natale.

INTERPRETE (1900?-1959)

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